Vous avez donc une ordonnance pour un traitement contre le TDAH. C'est un grand pas en avant. Il est tout à fait normal de ressentir un mélange d'espoir, d'enthousiasme et un peu d'appréhension.
Passons en revue les 30 premiers jours.
Votre première semaine
Le concept le plus important à comprendre durant votre premier mois est le titrage .
Le titrage est un processus rigoureux et collaboratif que vous et votre médecin utilisez pour trouver la dose qui vous convient le mieux. Il n'existe pas de solution unique.
Les lignes directrices cliniques canadiennes, notamment celles de l’Alliance canadienne des ressources sur le TDAH (CADDRA), sont très claires : la stratégie consiste toujours à « commencer par une très faible dose».
Pourquoi ? Votre médecin ne cherche pas à faire disparaître tous vos symptômes dès le premier jour. Son premier objectif est d'observer comment votre corps réagit à un nouveau médicament. La dose est ensuite augmentée progressivement, par exemple tous les 5 à 14 jours, afin de trouver la doses optimales .
Il est tentant de vouloir un changement rapide. Cependant, les experts du CADDRA mettent en garde les cliniciens contre la tentation de « voir si une dose supplémentaire fait la différence ». Plus n'est pas toujours mieux. L'objectif est de trouver la dose la plus efficace avec le moins d'effets secondaires possible.
Stimulants vs. non-stimulants : un calendrier très différent
Votre expérience du premier mois sera complètement différente selon le type de médicament qui vous sera prescrit. Il est donc essentiel de savoir quel traitement vous suivez.
- Médicaments stimulants :Ce sont lestraitements de première intention les plus courants . Leur effet est rapide. Vous ressentirez probablement les effets de la première dose dans les 30 à 45 minutes . Votre parcours de 30 jours vise à optimiser cet effet immédiat.
- Médicaments non stimulants : Leur mode d’action est différent. Les médicaments non stimulants mettent plus de temps à agir et les symptômes du TDAH commencent à s’améliorer après environ 4 à 8 semaines .
C'est l'attente la plus importante à avoir. Si vous prenez un médicament non stimulant, il vous faut être patient. Vous le prendrez quotidiennement pendant des semaines avant de pouvoir constater ses effets réels.
Ce que l'on pourrait ressentir en réussissant
Pour de nombreuses personnes qui essaient un médicament stimulant, la première prise d'une dose efficace peut être une expérience marquante.
Ce n'est souvent pas ce à quoi on s'attend. Ce n'est ni une sensation d'euphorie, ni un regain d'énergie. Le terme le plus courant est « calme ».
Les témoignages de patients décrivent souvent cet effet comme la fin d'un « bruit ». C'est la disparition soudaine des pensées chaotiques et incessantes. Une personne a confié que son cerveau lui donnait l'impression d'être « agressé » sans traitement, mais apaisé sous traitement. On peut avoir le sentiment, pour la première fois, de pouvoir « choisir à quoi penser ».
Cette sensation est due à l'action du médicament. Cliniquement, ces médicaments augmentent le taux de neurotransmetteurs, comme la dopamine, dans le cerveau. Ce changement contribue à améliorer la concentration, à contrôler les impulsions et à réguler les émotions. Pour beaucoup, la « voix intérieure cruelle » de l'autoculpabilisation finit par se taire.
Semaines 2 à 4
Le reste du premier mois est consacré à l'ajustement posologique. Votre médecin vous contactera régulièrement, peut-être chaque semaine, pour recueillir vos impressions.
Vous êtes désormais un expert en données pour votre propre corps. Votre médecin ne peut pas déterminer la dose appropriée sans vos rapports détaillés.
L'objectif est de trouver votre « dose cible », c'est-à-dire le dosage optimal qui offre le plus de bénéfices et le moins d'effets secondaires.
Pendant cette période, votre médecin surveille les signes indiquant que la dose est :
- Trop faible : vous ne ressentez aucun bénéfice, ou les bénéfices (comme la concentration) s’estompent trop rapidement. Vos symptômes de distractibilité ou d’impulsivité ne s’améliorent pas.
- Trop élevé : les effets secondaires sont trop importants.
- Parfait : L'équilibre est atteint.
Vous vous sentez comme un zombie ? C’est le signe que la dose est trop élevée.
Soyons clairs : le but des médicaments n'est pas de vous transformer en robot.
Si vous vous sentez « apathique », « émotionnellement engourdi », « sous sédatifs » ou « comme un zombie », c'est un signe classique que la dose est trop élevée.
Parmi les autres signes d'une dose trop élevée, on peut citer une sensation d'excitation excessive (surtout le soir), une insomnie sévère, une irritabilité extrême ou tout simplement le fait de ne pas se sentir soi-même.
Ce n'est pas le but recherché. Il ne s'agit pas de « concentration ». C'est un effet secondaire appelé « réaction excessive ». C'est un signal d'alarme : appelez votre médecin. Il diminuera probablement la dose.
Ce que vous devriez noter pour votre médecin
Votre médecin a besoin de précisions. Tenir un petit journal est une excellente idée. CADDRA fournit même des formulaires de suivi des médicaments à cet effet.
Chaque jour, essayez de prendre quelques notes :
- Symptômes : Ai-je été moins distrait aujourd’hui ? Ai-je terminé une tâche ennuyeuse ? Mon humeur était-elle plus stable ?
- Effets secondaires : Comment ai-je eu faim ? Comment ai-je dormi ? Ai-je eu mal à la tête ?
- Chronologie : Quand l’ai-je pris ? Quand ai-je senti qu’il commençait à agir ? Quand ai-je senti que ses effets s’estompaient ?
Ce journal est l'outil le plus précieux que vous puissiez apporter à vos rendez-vous de suivi.
Comment gérer les effets secondaires courants
Votre corps s'adapte à un nouveau médicament. Il est fréquent de ressentir quelques effets secondaires durant la première semaine, mais la plupart s'atténueront à mesure que votre corps s'adaptera.
Voici les deux plus courantes, et ce qu'il faut faire pour les gérer.
1. Si vous n'avez pas faim
Les troubles de l'appétit constituent l'un des effets secondaires les plus fréquents, rapportés chez jusqu'à 12 % des patients.
- Comment gérer :
- Prenez un petit-déjeuner riche en protéines et en calories avant votre dose du matin.
- Essayez de prendre vos médicaments pendant ou après vos repas.
- Prévoyez de prendre des collations saines ou un repas plus copieux plus tard dans la journée, lorsque les effets du médicament seront atténués.
2. Si vous avez des difficultés à dormir
C’est également très fréquent. En pratique clinique, on estime que 25 % à 50 % des personnes atteintes de TDAH présentent des troubles du sommeil.
- Comment gérer :
- Commencez par revoir vos habitudes de sommeil de base. Regardez-vous des écrans avant de vous coucher ?
- Signalez-le à votre médecin. Il pourra modifier l'heure de votre prise (en la prenant plus tôt dans la journée).
- Ils pourraient également réduire la dose ou vous prescrire un médicament à action plus courte.
3. Ce que vous devez savoir sur votre cœur
Les médicaments contre le TDAH peuvent provoquer de légères augmentations de la fréquence cardiaque (FC) et de la pression artérielle (PA).
Avant de commencer le traitement, votre médecin devrait vous interroger sur vos antécédents cardiaques personnels et familiaux. Il vérifiera également votre tension artérielle et votre fréquence cardiaque au début du traitement et après chaque modification de la posologie.
Chez la plupart des personnes, ces variations sont minimes (en moyenne, une augmentation de 3 à 6 bpm de la fréquence cardiaque et de 2 à 4 mmHg de la pression artérielle) et « rarement importantes sur le plan clinique ». Ce suivi fait partie d'un protocole de sécurité de routine.
Quand vous devez appeler votre médecin
La plupart du temps, vous vous contenterez de surveiller et de signaler les problèmes. Mais il est essentiel de savoir faire la différence entre un effet secondaire courant et un signe d'alerte grave.
Ce qui est courant et bénin (surveillez simplement)
- Ce que l'on ressent : bouche sèche, léger mal de tête, « papillons dans l'estomac » ou quelques difficultés à dormir les premiers jours.
- Que faire : Gérez ces symptômes avec des stratégies simples (boire de l’eau, manger). Ils disparaissent généralement au cours de la première semaine. Parlez-en lors de votre prochain rendez-vous de suivi.
Ce qui est préoccupant (vous devriez le signaler)
- Ce que vous ressentez : Vous vous sentez comme un zombie ou un robot. Vous êtes surexcité ou très agité. Vous souffrez d’insomnie sévère et persistante. Vous n’avez plus d’appétit et vous maigrissez.
- Que faire : La dose est probablement trop élevée. N’attendez pas votre prochain rendez-vous. Appelez votre médecin et informez-le. Il voudra probablement ajuster votre dose.
Ce qui est grave (Obtenez de l'aide immédiatement)
- Ce que l'on ressent :
- Cœur : Douleurs thoraciques, évanouissements, vertiges, essoufflement ou rythme cardiaque rapide et irrégulier (palpitations).
- Santé mentale : sautes d’humeur intenses, agitation sévère, comportement agressif, hallucinations (voir ou entendre des choses qui n’existent pas), ou pensées ou sentiments suicidaires.
- Que faire : Il s’agit d’une urgence médicale. Contactez immédiatement votre médecin. Rendez-vous à l’hôpital le plus proche ou composez le 911. Santé Canada est très clair : toute pensée inquiétante doit être signalée immédiatement à votre médecin.
Les règles de sécurité essentielles
Votre médecin les examinera, mais ils sont tellement importants qu'il est utile de les répéter.
- Ne mélangez pas stimulants et alcool : l’association de stimulants et d’alcool peut être extrêmement dangereuse. Les stimulants peuvent masquer les effets de l’alcool, ce qui peut entraîner une consommation excessive et augmenter le risque de surdose ou de décès.
- Signalez à votre médecin tous les médicaments que vous prenez, y compris les médicaments contre le rhume sans ordonnance. Certains décongestionnants peuvent interagir avec les stimulants et provoquer une hypertension artérielle dangereusement élevée.
- N’arrêtez pas brutalement votre traitement : si vous prenez des médicaments régulièrement, votre corps s’y habitue. Un arrêt soudain peut entraîner des symptômes de sevrage, comme la dépression, l’agitation et une fatigue extrême. Ne modifiez jamais votre dose et n’arrêtez jamais votre traitement sans en parler à votre médecin.
- Ne partagez jamais vos médicaments : c’est illégal et cela pourrait causer des dommages graves, voire la mort, à autrui. Conservez-les en lieu sûr.
Perspectives d'avenir : Pourquoi « les pilules n'apprennent pas de compétences »
Les médicaments sont un outil puissant, mais ils ne constituent pas un remède miracle.
Imaginez que prendre un médicament, c'est comme porter des lunettes pour la première fois. Soudain, le monde devient plus clair. On peut lire les mots.
Mais les lunettes ne vous apprennent pas à lire.
Ce médicament « ouvre la porte ». Il apporte au cerveau le soutien biologique nécessaire pour se concentrer, faire une pause et se réguler. Il agit sur les symptômes principaux.
Cela ne vous apprend pas les compétences d'organisation ou de planification que vous n'auriez peut-être jamais acquises. Cela ne peut pas vous dire sur quoi vous concentrer. Nombreux sont ceux qui constatent que leur nouvelle attention se disperse dans des choses « inutiles ».
C’est pourquoi les lignes directrices canadiennes recommandent une « approche multimodale ». Le traitement ne doit pas selimiter aux médicaments .
Durant les 30 premiers jours, le temps de trouver votre dose optimale, c'est le moment idéal pour réfléchir à la suite. Le médicament peut rendre d'autres thérapies, comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou le coaching TDAH, beaucoup plus efficaces.
Que vous réservent vos 30 premiers jours ?
Les 30 premiers jours sont un voyage de découverte et d'adaptation. C'est un processus, pas un événement.
Votre seul rôle est d'être patient avec vous-même, d'observer attentivement votre état et de rester en contact étroit avec votre médecin. Vous êtes en train de trouver l'outil qui vous convient. Cet outil vous aidera à acquérir de nouvelles compétences. C'est un premier pas prometteur et important. Vous allez y arriver.
